Lupus érythémateux systémique
Plan :
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1°) Généralités : |
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Il s'agit d'une maladie auto-immune systémique caractérisée par un important polymorphisme clinique, associant des signes rhumatologiques, dermatologiques, hématologiques, néphrologiques.
C'est la maladie systémique la plus fréquente après le syndrome de Gougerot Sjögen.
Sa prévalence est de 10-60/100.000 habitants dans la population caucasienne.
Elle touche préférentiellement l'adulte jeune, en particulier la femme (sex ratio 8/1).
Son incidence est maximale entre 15-45 ans.
Environ 10% des lupus débuteraient après 50-60 ans.
Ils sont alors caractérisés par une moindre prédominance féminine et leur diagnostic est souvent tardif.
La recherche de facteurs étiologiques met en évidence des facteurs génétiques.
Il existe en effet des cas familiaux peu fréquents (2-5%).
De plus, on retrouve parfois d'autres maladies auto-immunes familiales.
Il existe également des facteurs environnementaux.
Les rayons UV sont capables d'induire des lésions cutanées ou des poussées évolutives de la maladie.
Des médicaments peuvent être inducteurs (<10%) et certains agents viraux favoriseraient le développement de la maladie.
Les facteurs endocriniens peuvent induire des poussées.
C'est le cas de la prise d'estrogènes (pilule contraceptive, hormonothérapie substitutive) ou de la grossesse.
2°) Clinique : |
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Les manifestations pathologiques du lupus peuvent débuter de façon progressive ou brutale.
Les poussées sont parfois favorisées par un facteur déclenchant.
En présence de manifestations articulaires atypiques, on recherchera les autres lésions classiques du lupus, dont aucune n'est constante.
Le diagnostic du lupus repose sur un faisceau d'arguments clinico-biologiques.
3°) Biologie : |
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La VS est majorée, alors que la CRP est souvent normale.
On retrouve une hypergammaglobulinémie polyclonale.
On peut observer une cytopénie périphérique avec anémie hémolytique.
Les anticorps antinucléaires sont présents dans 99% des lupus :
- Les anticorps anti DNA natifs sont très spécifiques du lupus (50-80% des cas).
- Les Anticorps anti nucléaires solubles sont à type d'anti-Sm, présents uniquement dans le lupus, mais dans seulement 10 à 20% des cas et à type d'anti-Ro/SS-A et anti-La/SS-B, qui sont présents dans 30-70% des cas de lupus, mais qui sont positifs dans 40-70% des syndromes de Gougerot-Sjögren.
- Des anticorps antinucléaires anti-RNP sont présents dans 20 à 30% des lupus et positifs dans les connectivites mixtes et le syndrome de Gougerot Sjögren.
On retrouve par ailleurs d'autres anticorps, comme les anticorps antiphospholipides, le Facteur rhumatoïde (30-50% des lupus) et des anticorps antihistones (lupus médicamenteux).
Il existe également une hypocomplémentémie.
4°) Examens radiologiques : |
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Dans le lupus érythémateux systémique, on ne retrouve le plus souvent pas de synovite importante et surtout pas d'érosion osseuse.
L'échographie met en évidence les éventuelles ténosynovites (fléchisseurs des doigts).
Les rares déformations des doigts (rhumatisme de Jaccoud) sont mises en évidence par les radiographies conventionnelles.
Les radiographies montrent parfois des calcifications des tissus mous (linéaires ou nodulaires), qui prédominent aux jambes.
Enfin, elles peuvent révéler des appositions périostées sur les fémurs et les tibias autour des genoux, ainsi que sur la métaphyse distale du tibia.
Les ostéonécroses aseptiques (tête fémorale et humérale) sont au mieux explorées par l'IRM.
Les ostéonécroses aseptiques (tête fémorale et humérale) et les infarctus osseux sont au mieux explorés par l'IRM.
5°) Scintigraphie osseuse : |
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Lorsque la scintigraphie osseuse est demandée, l'exploration des douleurs articulaires nécessite la réalisation systématique d'une scintigraphie dynamique centrée sur les zones douloureuses.
Elle est complétée par un balayage corps entier.
Une acquisition TEMP/TDM peut être utile pour préciser certaines lésions et tout particulièrement les zones d'ostéonécroses.
La scintigraphie osseuse dynamique montre une absence d'hyperfixation ou une hyperfixation de faible intensité en regard des articulations douloureuses.
L'atteinte est souvent distale et symétrique.
Elle prédomine sur les petites articulations des doigts et sur les poignets (Lupus1).
Les anomalies observées sont nettement moins marquées que dans la polyarthrite rhumatoïde.
L'examen corps entier peut révéler des ostéonécroses associées souvent multiples, touchant en particulier les têtes fémorales et les têtes humérales, mais pouvant également toucher les condyles fémoraux et l'extrémité supérieure des tibias.
Ces ostéonécroses sont souvent asymptomatiques ou peu symptomatiques et donc mises en évidence par la scintigraphie osseuse.
Les ostéonécroses se présentent sous la forme d'une hyperfixation intense en regard des zones nécrosées.
Parfois au contraire, on observe une hypofixation globale ou une hypofixation centrale entourée d'une zone d'hyperfixation périphérique.
Les clichés corps entier peuvent par ailleurs révéler une hyperfixation linéaire des fûts fémoraux et des fûts tibiaux, liée à des appositions périostées.
Les calcifications tissulaires peuvent également fixer le radiotraceur.
Guillemard et Coll ont décrit une hypofixation du gril costal, associée à des douleurs violentes en rapport avec une complication vaso-occlusive.
Khoury et Coll ont publié une hyperfixation pulmonaire bilatérale chez une patiente porteuse d'une hypercalcémie et d'un lupus érythémateux systémique.
L'étude TEMP/TDM n'a pas d'intérêt au niveau articulaire.
Par contre, elle précise les anomalies de fixation liées aux ostéonécroses.
Les images TDM peuvent être normales au début.
Puis il apparaît de minimes modifications de la plage sous-chondrale, à type de raréfaction osseuse ou de densification.
Au stade de nécrose confirmée, on peut observer une image claire sous-chondrale avec aspect en coquille d'œuf, une condensation péri-nécrotique bordant l'image claire sous-chondrale et la séparant de l'os sain, une modification du contour de la tête (décroché articulaire régulier, aplatissement).
L'interligne articulaire reste inchangé au début, puis un pincement articulaire apparaît.
La scintigraphie osseuse n'a classiquement pas d'indication dans le lupus érythémateux diffus.
Les signes ostéo-articulaires de la maladie doivent cependant être connus.
En effet, la scintigraphie peut être demandée pour une autre indication que le lupus connu.
Par ailleurs, elle peut être prescrite pour explorer un syndrome polyalgique, chez un patient dont la maladie rhumatologique n'est pas connue.
6°) Bibliographie : |
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- Chevalier X, Flipo RM, Goupille P, Schaeverbeke T, Sibilia J
Rhumatologie - Connaissances et pratique
Collège Français des Enseignants en Rhumatologie
Masson, Paris 2002
- Cotten A, Hachulla E
Chapitre 2 : Maladies systémiques et vascularites
Imagerie musculosquelettique - Pathologies générales - A Cotten
Editions Masson, 2005:45-67
- Granier P, Mourad M
Exploration des polyalgies par la scintigraphie osseuse planaire couplée à la TEMP/TDM
Médecine Nucléaire 2011;35:71-82
- Guillemard S, Comte F, Segard T, Rossi M
Reversible rib photopenia demonstrated by bone scan in vaso-occlusive complication of systemic lupus erythematosus
Clin Nucl Med 2006;31:77-78
- Khoury J, Jerushalmi J, Mograbi A, Saab A, Loberant N
Lung uptake in a young patient with hypercalcemia who was found to have systemic lupus erythematosus
Clin Nucl Med 2005;30:324-325
- Lafforgue P
Comments on Ahn et al. Case report entitled " Periosteal reaction in systemic lupus erythematosus "
J Bone Spine 2008;75:627-629
- Minoves M, Riera E, Costanza JM, Bassa P, Setoain J, Domenech FM
Multiple aseptic bone necrosis detected by Tc-99m MDP bone scintigraphy in a patient with systemic lupus erythematosus on corticosteroid therapy
Clin Nucl Med 1998;23:48-49
- Oh SN, Jee WH, Cho SM, Kim SH, Kang HS, Ryu KN, Cho CS
Osteonecrosis in patients with systemic lupus erythematosus MR imaging and scintigraphic evaluation
Clin Imaging 2004;28:305-309
- Taillandier J
Les rhumatismes inflammatoires du sujet âgé - Particularités cliniques et thérapeutiques
Rhumatologie Pratique 2003;217:1-6
- Van de Wiele C, Van den Bosch F, Mielants H, Simons M, Veys EM, Dierckx RA
Bone scintigraphy of the hands in early stage lupus erythematosus and rheumatoid arthritis
J Rheumatol 1997;24:1916-1921